J’ai démarré le blog Sommeil bébé avec la volonté de promouvoir uniquement des solutions bienveillantes pour aider nos enfants à trouver le sommeil. Mais au fond, pourquoi cette contrainte d’être bienveillant ? Ce ne serait pas plus simple d’aller au plus efficace, au plus rapide ? 
 
Suis-je niais quand je prône la bienveillance ? Est-ce vraiment raccord avec notre société tellement individualiste ?
Dans cet article, je voudrais sortir temporairement du cadre sommeil bébé et parler de bienveillance en général.
 
Bienvenue dans le monde des Bisounours ! Ou pas ?
 

Qu’est-ce que la bienveillance ?

C’est tout simplement veiller au bien, voir ce qui va bien chez les autres, et faire des choses bien pour les autres. 
Elle fait partie du registre des émotions positives comme la gentillesse, la gratitude, la reconnaissance, le respect, l’écoute.
 
Être bienveillant, ce n’est pas forcément être un saint, mais plutôt faire de son mieux pour être bon avec les autres.
On peut aussi la définir par ses contraires, comme la malveillance ou l’indifférence. L’opposé de la bienveillance serait aussi le cynisme, la critique des autres, ou ne voir que le mal en eux.
 
Nietzsche avait un avis à double tranchant sur la bienveillance :
« Traiter tous les hommes avec la même bienveillance et prodiguer indistinctement sa bonté peut tout aussi bien témoigner d’un profond mépris des hommes que d’un amour sincère à leur égard. »
 

Les arguments contre la bienveillance

Trop bon, trop con ?

Si je suis bienveillant avec les autres, sans rien attendre en retour, serai-je perçu comme la bonne poire de service ? Celui dont tout le monde profite ?
Même si je n’attends pas de contrepartie, je souhaite que ma bienveillance soit reconnue et appréciée. Et si ce n’est pas le cas, alors pourquoi être bienveillant ?
Serais-je plus respecté si je me conduisais de manière plus agressive ? 

Bienveillance = niaiserie, naïveté et angélisme

Cet argument repose sur la croyance que le monde est dur, la vie est difficile et rien ni personne ne me fera de cadeaux.
Il est étayé par les discours dominants dans les médias : par exemple, le journal télévisé ne contient pratiquement que des mauvaises nouvelles. Cataclysmes naturels, crises économiques, faits divers en tous genres : les informations que nous recevons du monde ne parlent que de morts, de destruction et du sombre avenir de l’humanité.
 
Dans ces conditions, vouloir être bienveillant avec son prochain paraît bien dérisoire. Pire, cela sonne comme une perte de temps et d’énergie tellement notre monde court à sa perte quoi qu’il arrive.
Mais pourquoi le monde est-il aussi dur ? Y aurait-il des justifications dans la nature même de l’être humain ?
 

L’homme est naturellement égoïste

Ce débat sur la nature humaine a agité les philosophes du 17ème et du 18ème siècles. Elle a opposé les tenants de l’égoïsme naturel des humains, comme Thomas Hobbes pour qui « l’homme est un loup pour l’homme », et ceux qui comme Adam Smith admettaient que l’on puisse aussi « agir pour les autres sans autre but que de les rendre heureux». 

Les partisans de Thomas Hobbes assènent que l’égoïsme est tout simplement un réflexe de survie : aux origines, l’homme est en guerre perpétuelle, et donc soumis à une menace permanente. Dans cet état d’insécurité, nous sommes naturellement câblés pour la recherche du plaisir immédiat, donc pour l’individualisme à outrance.

 Si je meurs de faim et que je reçois une part de gâteau que j’adore, mon réflexe naturel est-il de le partager ou de le manger tout seul ? Ce raisonnement ne laisse donc pas beaucoup de place à la bienveillance désintéressée, qui irait tout simplement contre les tendances naturelles de l’homme.

 
Tous ces arguments contre la bienveillance se veulent réalistes, et tentent de reléguer les actes bienveillants au monde des Bisounours. Mais il existe une autre réalité, qui est maintenant scientifiquement démontrée : ce qui se passe en nous quand nous sommes acteurs ou bénéficiaires de situations bienveillantes.
 

Pour la bienveillance

Recevoir de la bienveillance

Si je vous demande de convoquer un souvenir où vous avez reçu de la bienveillance, où vous vous êtes senti aimé, que ressentez-vous ? Allez-y, pensez à des moments où quelqu’un vous a fait don de son temps, de ses connaissances, ou de sa bonne humeur. 
Quand nous éprouvons de telles émotions positives, nous secrétons de l’ocytocine. Grâce à cette hormone du bonheur, nous nous sentons bien.
 

Je me sens bien quand je fais du bien aux autres

A chaque fois que je me sens agacé, en colère contre les autres, je me sens mal. De même, si je cherche à me faire respecter de manière égoïste ou agressive, ma météo interne indique tonnerre et orage. 
 
C’est probablement un choix existentiel de vie : ceux qui ont les dents qui rayent le plancher obtiennent probablement plus de récompenses matérielles. Mais se sentent-ils vraiment mieux que les personnes qui donnent de leur temps sans rien attendre en échange ? Se regardent-ils dans le miroir de la même façon ? Dorment-ils plus paisiblement?
 
Quand je fais une bonne action, je suis satisfait de moi, je me sens en harmonie avec les autres. Les études en psychologie de ces dernières années ont démontré quelques faits étonnants, comme :
  • dépenser de l’argent pour les autres a plus d’impact sur mon bonheur que dépenser de l’argent pour moi
  • les comportements de gentillesse et d’écoute activent le circuit de la récompense dans le cerveau
  • faire du bénévolat améliore ma santé et ma satisfaction de vie 

Et si ma bienveillance est bafouée ? 

Il existe des situations où la bienveillance n’est pas adaptée. Par exemple, en présence de personnes cyniques ou manipulatrices, la fermeté pourrait être plus indiquée. Dans ce cas, l’attitude bienveillante la plus constructive serait simplement de ne pas être malveillant.

 

Mais ces comportements exceptionnels justifient-ils d’avoir la même conduite ferme avec tous mes proches ? Probablement pas. 

 

L’humanité serait-elle de plus en plus bienveillante ?

 

Face aux discours catastrophistes, des chercheurs ont tenté de quantifier dans quel direction se dirige notre monde par rapport aux siècles passés : allons-nous vers un monde meilleur ou de plus en plus violent ?

 

Dans son livre « La part d’ange en nous », Steve Pinker répond très clairement :  
«La diminution de la violence dans le monde est un phénomène massif et incontestable»

 Appuyé par une imposante bibliographie, ce professeur de psychologie à Harvard a étudié la violence guerrière et la criminalité depuis les premiers temps de l’humanité, et relève quelques faits saillants :

 

  • Le taux d’homicides par rapport à la population est en baisse continue au fil du temps. Au temps des hommes préhistoriques, le taux de mort violente administrée par des congénères était environ de 10%. C’est 1000 fois plus que ce que nous connaissons aujourd’hui en Europe
  • Toutes les institutions les plus violentes – les sacrifices humains, l’esclavage, l’inquisition, la torture dans les procédures judiciaires, la peine de mort – ont été abolies dans la plupart des pays de la planète
  • Même les violences faites aux femmes et aux enfants ont drastiquement diminué. Elles sont intolérables, et chaque coup est un coup de trop, mais imaginez qu’au 19ème siècle, les maris ou parents étaient rarement condamnés après avoir tué leur femme ou leur enfant.
Aujourd’hui, notre sensibilité à la violence a augmenté, alors que le nombre d’actes violents diminue. Cela s’explique par l’évolution de notre système de valeurs : nous accordons à la vie humaine un prix très supérieur à celui du passé.

 

Dans ce contexte, la bienveillance est une tendance de fond, contrairement à ce que nous racontent la plupart des médias.

 

Les bébés sont naturellement altruistes 

Pour comprendre si l’homme est naturellement égoïste, les psychologues allemands Warneken et Tomasello ont mené depuis 2006 de nombreuses expériences avec des bébés de 14 à 18 mois. Leurs parents étaient présents pour les mettre à l’aise, mais avaient un rôle passif. Les bébés ont été mis en présence d’un autre adulte qui n’arrive pas à atteindre ses objectifs. Comme par exemple accrocher du linge sur un fil, mais faire tomber une épingle et tenter en vain de la récupérer.

 

A 14 mois, 18 enfants sur 24 aident spontanément cet inconnu qui a besoin d’aide, sans qu’aucun encouragement ni récompense ne leur soit proposé.

 

A 18 mois, ce taux augmente. Les chercheurs ont même corsé l’expérience en plaçant des obstacles entre le bébé et l’inconnu.

Pour des enfants qui ont récemment commencé à marcher, cette expérience se révèle assez exigeante. Mais ces obstacles ne les arrêtent pas pour aller aider l’adulte.

Les chercheurs en ont conclu que les bébés sont naturellement altruistes.

La bienveillance envers les enfants

 Bienveillance et sens moral 

Si je suis bienveillant envers ma  fille, vais-je en faire un enfant roi ? Comment faire au contraire pour favoriser le développement de ses valeurs et de son sens moral ? 
Selon Martin Hoffman, il existe trois grandes formes de discipline parentale : 
  • l’affirmation de pouvoir (donner des ordres, menacer, punir) ;
  • le retrait d’amour (refuser de parler à l’enfant ou de l’écouter, dire qu’on ne l’aime pas, l’isoler) ;
  • et l’induction (faire appel à la capacité d’empathie de l’enfant)

Ce psychologue américain de l’université de New York a démontré que la méthode la plus efficace est l’induction : en particulier quand l’enfant a fait mal à quelqu’un, faire appel à son empathie lui permet de se rendre compte que c’est son action qui est à l’origine de la détresse d’autrui.

L’affirmation de pouvoir a l’effet inverse, diminuant l’acquisition de sens moral. Quant au retrait d’amour, il n’a pas d’effet, ni dans un sens ni un autre.

 

Bienveillance et développement du cerveau

 Dans son livre « Pour une enfance heureuse, » la pédiatre Catherine Gueguen détaille les composantes idéales de la relation parent-enfant pour un développement harmonieux du cerveau des bébés. D’après les études en neurosciences de ces 30 dernières années, une attitude chaleureuse, empathique et soutenante permet aux enfants de développer idéalement : 

  • leur intelligence émotionnelle : gestion des émotions
  • et leurs capacités intellectuelles : mémoire et intelligence rationnelle

 Citons par exemple l’étude du professeur de psychiatrie Joan Luby effectuée en 2012 sur 92 enfants.

 Elle a démontré le lien entre une attitude soutenante dans la petite enfance et une augmentation du volume de l’hippocampe entre 7 et 13 ans. Ce qui veut dire que le maternage bienveillant pendant les premières années de vie va permettre à l’enfant d’apprendre et de mémoriser plus facilement dans les années suivantes.

 La même année, Martin Teicher, professeur à Harvard, a démontré que les maltraitances verbales (« tu es nul, tu es insupportable ») et physiques (gifles, fessées) chez l’enfant diminuent le volume de l’hippocampe.

 En résumé, un environnement empathique renforce la mémoire de l’enfant, tandis que les punitions la diminuent. 

Conclusion : Je suis bienveillant car je veux vivre dans un monde bienveillant

 Qui se lève le matin en se disant : je veux souffrir, je veux que tout le monde soit odieux avec moi ? Même tous ceux qui pensent bienveillance = niaiserie ne souhaitent probablement pas cela.

Nous souhaitons tous que nos proches soient gentils avec nous, attentifs et aimants.

Alors quelle meilleure solution que de montrer l’exemple en étant bienveillant envers eux ?

 Sources : 

Livres : 
  • Adam Smith: Théorie des sentiments moraux (1759)
  • Steve Pinker: La part d’ange en nous (2011)
  • Martin Hoffman : Empathie et développement moral (2008)
  • Catherine Gueguen: Pour une enfance heureuse (2014)

 Articles scientifiques : 

  • Joan Luby et al : Maternal support in early childhood predicts larger hippocampal volumes at school age (2012)
  • Martin Teicher : Childhood maltreatment is associated with reduced volume in the hippocampal subfields CA3, dentate gyrus, and subiculum (2012)
  • Warneken et Tomasello : Altruistic helping in human infants and young chimpanzees  (2006)

 

Conférence : 

 

 

 

Emmanuel

Je suis fan de chocolat, de Jean-Jacques Goldman et de ballades en pleine nature.

J’adore aussi câliner ma fille et décortiquer les études scientifiques sur le sommeil bébé et le bonheur en famille.

Mais je n’ai encore rien trouvé sur comment le chocolat peut nous aider à devenir de meilleurs parents smile … aidez-moi !

 

 

 

Souhaitez-vous connaître

 

 6 méthodes bienveillantes pour endormir votre bébé ?

 

Téléchargez gratuitement notre guide de 25 pages et passez enfin des nuits paisibles

Vous allez recevoir votre guide d'ici quelques minutes.